Leçon d’histoire au milieu du 17ème siècle.

Imaginez que vous vivez en 1670 sous le règne de Louis XIV , roi de France, et de Marie Thérèse d’Autriche. Vous êtes un enfant d’une famille noble ou bourgeoise et vos parents souhaitent vous instruire. Ci-dessous la leçon d’histoire de France qui vous sera proposée.

Je vous laisse lire et vous faire votre propre opinion. Personnellement, cette succession de rois est difficile à suivre et manque de sens. Cela ressemble d’avantage à une poésie à apprendre par cœur ? Sinon j’espère que le professeur de l’époque était très pédagogue pour que l’élève comprenne vraiment l’histoire de son royaume !

Thomas Gauthron


Méthode aisée pour apprendre l’histoire aux enfants de qualité les
principes de l’Histoire de France

Des François le reigne est traize cents moins 20 ans1
Et 65 roys occupent tout ce temps
De ces Roys tu ne dois compter qu’une famille
Depernon sur ce faict te rendre scavant drille

Le premier de nos Roys avoit nom Pharamond2
Clodion le Chevelu son fils fut le second
Fiers et vaillants guerrier issus de Germanie
Ennemys des Romains et de leur tyrannie
Merouee en après qui nainquit Attila
Et le premier de tous à Paris resida
Childeric ne fut pas trop honneste personne
Son amy Guydomar luy sauva sa couronne
Clovis fut de ce prince et successeur et fils
Il reçut le Baptesme avec les fleurs de lis
Succeda à Childebert a celuyci son frere
Autre fils de Clovis Le Barbare Clotaire
A ce prince cruel succeda Chenebert
Chilperic malheureux ; Clotaire et Dagobert
Vaillants roys, faineants tindrent Clovis, Clotaire
Chideric, Theodoric, Clovis (chacun un maire)
Childebert, Dagobert, Clotaire et Chilperic
Theodoric soubz Martel, Le Moyne Chideric

Pepin le bref issu du sang de Sigismere
Du vaillant Merouee illustre et vaillant frere.
De ses nobles ayeulx resuscitant l’honneur
Du throne des François releva la grandeur
Mais si lonneult parler dun prince incomparable
Charlemagne ces roy, tu n’as point de semblable
Tu fus pieux, scavant genereux liberal
Grand roy, grand capitaine en paix en guerre egal
Qui scus enfin si bien la joyeuse conduire
Que par tes beaux exploits tu parvins a l’Empire
Louis le Debonnaire et le Chauve en après
Seigneurs ; faineants suivirent de bien après
Le Begue et ses bastards Charles a la grosse panse
Et puis Eude usurpa la couronne de France
Charles que l’on nommoit le Simple succeda
Il estoit fils du Begue, aux normans accorda
Le Duché de leur nom et mourut a Peronne
Mais Louis d’Outremer a Hebert la fist bonne
Il le fist prendre net il le meritoit bien
Lothaire vint et puis Louis qui ne fist rien
La parque l’enleva (mais d’une mort trop rude)
Pour faire enfin justice au sang de plectrude
Ainsy Hugue Capet malgre ses ennuieux
Malgré Charles reprins le rang de ses ayeux
Après Hugues Capet Robert et sa couronne
Il portoit chappe au cœur faisoit Ters, Antiphone
Hymnes plainchants, surtout il estoit plain de cœur
Et fut dit la chronique en tous lieux vainqueur
Son fils Henry premier reigna malgré sa mere
On dit quil fut trop bon, trop honneste et sincere
Sous Philippe premier Godefroy du Bouillon
Subjugant L’Idumee[?] ternira son nom
Et le duc des normans conquerant L’Angleterre
Fils redouter son bras et par mer et par terre
Louis Le Gros dompta l’anglois et les mutins
Et le jeune estoit bon mais non pas des plus fins
De son Auguste fils je ne dois rien chesire[?]
Sa gloire est au dessus de tout ce qu’on peult dire
Louis huict nous donna l’illustre St Louis
L’escolat de plus brillant dont soient orner nos lis
Il fut prins en Egypte et mourut en Afrique
Ce St prince ut cinq fils : c’est du dernier d’entreux
De Robert de Clermont que ce sang genereux
Les nobles de Bourbon firent leur origine
Illustre rejetton d’une illustre racine.
Philippe Le Hardy comme aisné succeda
Mais saize ans seulement la couronne il porta
Quarante il en nesquit Philippe le Belhomme
Aymoit par trop l’argent et n’aymoit pas trop Rome
Tesmoin ce que escrit dun certain Nogaret
De certain missire et d’un certain souflet
D’un certain Enguerrand qui termina sa vie
Sur un throsne de Bois au bout d’une poulie
Les trois fils après luy reignerent tour a tour
Hutin Le Long Le Bel mais leur regne fut court
Aucun d’eux nus de fils. Celuy de leur beau frere
Edouard aux François voulut faire une affaire
Mais un Evesque adroit aux estals de Senlis
Soustins dans son sermon l’honneur des fleurs de Lis
Philippe Le Vallois ut enfin la couronne
Ainsy que de tout temps la loy salique ordonne
Il estoit fils de Charles ci Charles du Hardy
Des trois Roys dernier mort cousin germain ainsy
Il ut bien a soufrir de Flandre et d’Angleterre
Son fils Jean pres Poitiers fut pris de belle guerre
Chacun a don default il estoit imprudent
Pendant qu’il tint prison Charles aisné fut regent
Et pour l’en delivrer il mis tout en usage
Il regna par apres, ce fut un prince sage
Qui de bon cabinet vainquit souvent l’anglois
Et scut dompter l’orgueuil du traistre Navarrois
Que le sort de son fils helas est pitoyable
Car la France a sa mort fut asser miserable
De voir le croiraton sur le trone François
Triompher dans paris le prince des Anglois
Mais l’heureux Charles sept aydé de sa tutelle
Finit avec honneur cette vieille querelle
Et bannit pour jamais l’ennemy de nos bords
Louis n’ut presque point dennomys[?] au dehors
C’est de luy dont on dit qu’il tira hors de page
Nos roys on l’acusoit un peu de bigotage
Porter longs chapelets faire tant d’oraisons
Visiter tous les saincts sont bien souvent façons
Dont on dupe les maiscenes[?] mais ce n’est pas notre affaire
Trop parler sur ce point et vault bien moins que s’en faire
Des bretons revolter Charles huict fut vainqueur
Conquist Naple et Sicile il estoit plain de cœur
Plain d’esprit bien faisant, mais la parque ennemy
Dans Amboise trop tot luy retrancha la vie
Il mourut sans enfans, Louis luy succeda
Son arriere cousin aucun n’en distorda
Il fut père du peuple et comme vaillant homme
Il se mocqua de Jule[?] et des fourbes de Rome
Du pauvre Jean d’Albret la Navarre en perit
Comm’il estoit gouteux detenu dans son lict
Il fut fort a propos jugé fauteur de France
L’espagnol avoit droits quel droit de biensceance
Que dirons nous de toy noble et vaillant françois
Illustre rejetton du grand nom de Vallois
Qui comme aisné du sang Le vins gouverner ensuite
Deux vers ne peuvent pas expliquer son merite
Nous dirons seulement que tu fus un grand roy
Mais qu’un fascheux rival fut plus heureux que toy
Henry fut plus heureux en guerre, mais sa vie
Par un jeu malheureux luy fut trop tost ravie
François son fils regna quinze mois seulement
Et l’erreur cependant triomphe impunement
Charles neuf jeune encor suivit, la jalouzie
L’impieté, l’horreur, le crime, l’heresie
Perdoient tout et le roy devint il en estat
D’empescher le désordre, un secret[?] attentat
Termina ses beaux jours au printemps de son age
Hors la Barthelemy cestoit un prince sage[?]
Son frere desja roy des braves Polonois
Armer vous contre nous peuple de Germanie
Turcs, Anglois, espagnols et traistre d’Ausonie
Tous ne ferer jamais tant de maulx en ces lieux
Que du temps de Henry firent ses factieux
Tans qu’un moyne a la fin ut assez d’indolence
De planter le poignard au sein du roy de France
Par cet assassinat la branche de Vallois
Finit nous y comptons traize tous vaillants roys
Aux nobles de Bourbon selon la loy salique
Le throne appartenoit tu parus hereticque
Grand Henry cest pourquoy l’on te le disputa
Quand tu fus catholique aucun ne resista
Sous ce roy le bonheur commenca de renaistre
Les Sciences les arts reprindrent un nouvel estre
Mais un suppost d’enfer de ce bonheur jaloux
Fist tomber ce grand roy sous leffort de ses coups
Ce poignard malheureux perça toute la France
M[?] Louis releva beaucoup son esperance
Et par son grand ministre Armand de Richelieu
Acquist paix au royaume et victoire en tout lieu
Il fut prince excellent juste pieux sincere
Mais sa gloire et la nostre est ce qu’il fut père
De ce roy sans pareil qui reigne maintenant
Dittes qu’il est vaillant heureux, grand conquerant
Toujours victorieux, mais adjouter en somme
Qu’il est plain de bon sens et par faict honnest homme
Qu’il fut et tout par soy mesme et vois tout par ses yeux
C’en est asser pour moy qu’un autre en parle mieux
Vers mil six cent soixante il espousa3 Marie
Fille de grand Roy qu’adoroit l’hespesie[?]
Un dauphin en est né dont la noble vigueur
Montre de ses ayeuls et le sang et le cœur
Estonne l’univers et promet a la France
De voir naistre ses […]is au milieu de Bisance
Et couronner enfin ses travaux d’une paix
Qui cher nos descendans ne finira jamais


Nous savons que ce texte a été écrit vers 1670 car à la fin nous comprenons que Louis XIV est le roi en cours, qu’il a déjà épousé sa femme en 1660 et qu’un Dauphin déjà vigoureux est né. Dans les pages suivantes il y a d’autres cours, que je vous laisse découvrir…

Notes et références :

Source :  Recueil de documents écrits et de monuments figurés concernant l’histoire et les antiquités de la Basse-Normandie (Cherbourg, St-Sauveur-le-Vicomte, Notre-Dame de Silly, Valognes, Coutances, Notre-Dame de Savigny, Avranches). On trouve dans ce recueil, qui se termine par une copie du cartulaire de l’évêché de Langres, la vie en vers de S. Thomas de Cantorbéry, les actes de S. Guingalois, etc. Cet ouvrage de la BNF est en libre accès :

1. 1670 – 1280 = 390 donc début de l’histoire vers l’an 390
2. Pharamond est un roi légendaire.
3. Le 9 juin 1660 Louis XIV épouse Marie-Thérèse d’Autriche infante d’Espagne

Image complète de la page 30

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