1665 – De Montfarville à la Martinique

Le 6 octobre 1665, à Barfleur, devant Guillaume Moulin, tabellion, et Pierre Lescroël pris pour adjoint, Marie Le Blond, veuve de Pierre Boin, et son gendre Marin Pacilly, de la paroisse de Montfarville, cèdent à un marchand de Dieppe tous les biens que le défunt possédait hors de la province de Normandie, en particulier en Martinique et dans les Provinces-Unies.

Un acte notarié qui sort de l’ordinaire1 et qui pose question. Contrairement à ce à quoi on pouvait s’attendre, le prix de vente n’atteint pas des sommes importantes : 105 livres. Pour donner un ordre de grandeur, quelques jours plus tard, le 1er novembre, Victor Bernard, écuyer, sr. de Durescu, de Quettehou, vend à Étienne Durand, du Vicel, 50 perches de terre au Vicel pour 125 l. (même registre). De deux choses l’une, soit les biens de Pierre Boin hors province n’étaient pas si importants que cela, ou fortement dépréciés, soit Robert Lescande, l’acquéreur, fait une très bonne affaire.

Qui était ce Pierre Boin, de Montfarville, qui est présenté dans l’acte sans qualité particulière (bourgeois, laboureur, marin etc.) pour être propriétaire de biens meubles et immeubles outre-mer ?

Guillaume Roupsard


L’an mil six centz soixante et cinq, le sixiesme jour d’octobre à Barfleur.

Furent presentz honneste femme Marye Le Blond, veufve de deffunct Me Pierre Boin, vivant de la parroisse de Monferville, viconté de Vallongnes, dyocese de Coustances en Normandye, et Marin Pacilly, demeurant en ladicte parroisse, ayant espousé Margueritte Boin2, fille dudict deffunct, lesquelz, volontairement, pour eux etc. ont vendu affin etc. à Me Robert Lescande, marchand bourgeois de la ville de Dieppe, à ce present et acceptant pour luy etc.

C’est asçavoir tous les heritages, places et habitations, esclaves, meubles et immeubles qui pourrois appartenir audict deffunt Pierre tant dans l’isle de la Martinique que Hollande, Zelande que autres lieux et places, fors et reservés ceux assis dans cette province, et generallement tous les droictz, noms, raisons et actions à eux appartenantz pour et à raison de ladicte succession assis hors cette province et ce sans aucune reserve ny retenues.

Et fut ladicte vente faite par le prix et somme de cent cinq livres tournoiz en principal et la somme de six livres pour le vin, le tout presentement compté, payé et nombré par ledict Sr acquereur aux mains desdicts vendeurs, et le tout franchement et quittement venant aux mains desdicts vendeurs, dont partant soy sont tenus comptent et bien payez, pourquoy ilz ont promis la presente vente garantit de leur fait personnel seulement, estant accordés entre les parties que la procuration passée cejourd’huy devant nousdicts et tesmoins desnommez au present nesesere [nécessaire] audict Sr que pour poursuivre à ses frais, risques et fortunes les effects de ladicte succession sans que le Sr porteur d’icelle puisse, vertu d’icelle, puisse demander ausdicts vendeurs aucuns frais et vaccations ny les dessusdicts vertu d’icelle demande aucun comte [compte] audict Sr Lescande de biens de ladicte succession, et laquelle procuration demeure partant nulle et de nul effect entre les partis par le moyen de ce present, obligeant lesdictes partis etc.

Aux presences de Me Guillaume Tesson, advocat, Sr de Gautherye, et Me Christofle Faulconnet, recepveur des traittes forainnes establys pour le roy à Barfleur, tesmoings.

[Signatures :] + marque de ladicte Marie Le Blond, MP marque dudict Marin Pacilly, + marque de ladicte Margueritte Boin, Robert Lescande, Tesson, Faulconnet, Lescroel, Moulin.


Notes et références :

1 Écritoire de Valcanville, AD50 5E15045.
2 Margueritte Boin a épousé Marin Pacilly (/ Passilly) le 13 juillet 1655 à Montfarville. Cet acte de vente de 1665 est aussi intéressant d’un point de vue généalogique car la filiation des époux n’était pas indiquée dans l’acte de mariage. BMS Montfarville, registre E1 (1642-1661). AD50 5Mi1444, vue 89 pg.

Une réponse sur “1665 – De Montfarville à la Martinique”

  1. Bonjour Guillaume,

    La lecture de ton texte « de Montfarville à la Martinique » nous ouvre des horizons sur le monde et plus précisément sur les Antilles, très intéressantes. Les relations entre la Martinique (et la Guadeloupe et la Guyane également) et les Provinces Unies sont alors déterminantes : l’époque de Pierre Boin correspond à l’introduction de la culture de la canne à sucre, et en conséquence, du commerce des esclaves, par un hollandais (Trezel) réfugié à Rouen (cf. les conflits politiques violents aux Pays Bas à cette époque). De plus, de nombreux néerlandais installés au Brésil doivent fuir cette colonie portugaise et se réfugient dans les îles françaises des Antilles. Et le commerce des esclaves est initié par des marchands normands de Rouen. Pierre Boin a dû participer, peut-être à un niveau modeste, à ce mouvement d’expansion commerciale. En ce qui concerne le faible montant de la succession, est ce qu’il ne s’expliquerait pas, en partie au moins, par le caractère très aléatoire de la prise de possession : relations conflictuelles entre la France et les Provinces Unies, conflits larvés ou ouverts dans la mer des Antilles entre les états colonisateurs (et leurs compagnies commerciales) ? Peut-être d’autres découvertes permettront-elles de cerner le personnage (voir aussi les relations écrites de l’époque concernant la colonisation de la Martinique et aussi des documents du côté de Rouen et Dieppe ?).

    Amicalement,

    Joel Tatard

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